ANRAT
add Adhérer à l'ANRAT email S'inscrire à la lettre d'information

Votre inscription à la newsletter a bien été validée

Ce site utilise des cookies à des fins statistiques

Accepter

Refuser

Accueil / Actualités / Hommage à Yannic Mancel

Hommage à Yannic Mancel

Ancien élève de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud, Yannic Mancel fut successivement de 1986 à 2013 conseiller artistique et littéraire du Théâtre National de Strasbourg, du Théâtre National de Bruxelles et du Théâtre du Nord à Lille. Il a enseigné de 1991 à 2018 la dramaturgie et l’histoire du théâtre à l’Université de Lille 3, ainsi qu'à l’Institut Catholique de Lille, à Sciences-Po Lille et à l’Institut d’Administration des Entreprises. Il était par ailleurs membre du comité de rédaction de la revue Alternatives Théâtrales et a régulièrement animé des sessions de formation à l’ANRAT, Association Nationale de Recherche et d’Action Théâtrale.

Un hommage lui sera rendu au Théâtre du Nord à Lille le lundi 26 janvier 2026 à 18h.

 

Vous trouverez ci-dessous des contributions de différents membres de l'ANRAT 

"Yannic

« Ceux qui me connaissent savent que ça s’écrit avec un « c » ; c’est tout, juste c à la fin » disait Yannic à ceux qui ne le connaissaient pas encore très bien, et aux autres qui n’avaient pas bien observé cette petite particularité orthographique…  Nous, à l’ANRAT, nous le connaissions bien, Yannic. Et nous l’aimions beaucoup. Nous le retrouvions ponctuellement chaque année, place de l’horloge, sous le soleil d’Avignon, pantalon blanc, chemise blanche, sourire chaleureux de grand géant bienveillant, affichant déjà, devant le premier café du jour, son impatience gourmande de nous retrouver tous au rendez-vous des « séminaires », à la Maison Jean Vilar…

La rencontre entre d’une part, ses cours publics de dramaturgie avec les spectateurs du Théâtre du Nord à Lille et d’autre part, le désir de l’ANRAT de renouveler profondément pour les élèves et les étudiants l’approche critique des spectacles de théâtre, avait donné naissance à ce qu’il avait nommé « L’analyse chorale de la représentation » que l’ANRAT avait codifiée au cours de séances de travail ouvertes et collectives au Ministère de la Culture.

C’est au Théâtre du Nord, le 27 mars 2010, qu’officiellement, et devant une salle pleine, fut intronisée auprès de tous ceux qui se préoccupaient de formation et de transmission théâtrale dans le cadre scolaire et universitaire, cette approche méthodologique d’analyse de spectacle si simplement évidente qu’elle semblait avoir jusque-là échappé à tout le monde

On regarde « pour de vrai » le spectacle, sous toutes ses coutures, on lui accorde d’abord toute l’attention et toute la bienveillance nécessaire, et on ne traite d’abord que de lui, pas d’abord que de nous.

De lui, de Yannic, nous garderons le souvenir d’une sorte de puits de références et de savoir théâtral au service d’une approche bienveillante, concrète, modeste mais très précise,  et la plus objective possible, du spectacle « analysé »; dans cet exercice pédagogique de haute tenue il n’y avait jamais de « mauvaises réponses », il n’y avait que la découverte pour chacune et chacun qu’en fait on ne savait pas qu’on savait déjà beaucoup de choses, à condition de savoir regarder, décrire, nommer, comparer, se souvenir…

Yannic, nous nous souviendrons de toi.

Nous nous souviendrons de ta gentillesse, de cette attention aigüe que tu portais à celles et ceux avec qui tu partageais généreusement ta très riche expérience et connaissance de la scène et de celles et ceux qui la faisaient vivre ; nous nous souviendrons de ton amour des mots, et de cette assurance paisible avec laquelle tu conduisais tes auditoires vers le grand plaisir d’appartenir, ne se croyant au départ que « simples spectateurs », à un rare cercle des initiés. 

Yannic, nous ne t’oublierons pas."

 

Jean-Pierre Loriol pour l’ANRAT

"Pour Yannic,

Petite promenade dans les livres, le travail d’édition et les archives. 

Je ne sais plus très bien quand nous nous sommes rencontrés pour la première fois…A coup sûr, nous fîmes vraiment connaissance dans le fabuleux séminaire qui avait été organisé autour de Michel Vinaver en Juillet 1989, près de Caen, dans un hôtel (« La Grande Bruyère ») où nous avons passé plusieurs jours. De là allait naître la collection « Répliques » chez Actes Sud qui ferait une part égale aux classiques et aux contemporains, accompagnés d’une analyse de fragment(s) selon les principes vinavériens, d’un ensemble de propositions de mise en pratiques et d’un dossier dramaturgique pour élargir le champ des références. Ce furent des jours passionnés entre piscine, repas délicieux et travail réglé au métronome par Michel (on sentait le dirigeant de Gillette France appliquant au séminaire le management le plus effilé !). 

Tu étais parmi nous ce géant souriant, mi bûcheron québécois, mi ogre affamé de Théâtre. C’est là que je découvris ton parcours auprès de Jacques Lassalle (entre autres !) et l’importance que tu accordais aux échos et rebonds qui transforment le travail dramaturgique en jeu de piste, en fête joyeuse de la connaissance. C’est là que fut décidé que nous ferions ensemble avec Jean-Louis Cabet et Michel Vinaver l’accompagnement de Liberté à Brême de Fassbinder dans la future collection qui allait naître, car nous aimions beaucoup la pièce et le film. Déjà le lien entre Théâtre et Cinéma / Audiovisuel ! Les années suivantes, ce fut donc un travail intense d’édition, mais je me souviens surtout, parmi beaucoup d’autres richesses du dossier dramaturgique que nous construisions, du jour où tu suggéras que nous proposions « un petit catalogue de l’instrument du meurtre au théâtre » ; et c’est avec humour que tu dénichas un extrait de La Mort de Sénèque de Tristan L’Hermite (1645) où l’instrument est le RASOIR !  Michel Vinaver avait souri à ce qu’il aurait appelé une « fulgurance » !

                                                                                                     

image.png

 

L’ANRAT ayant été liée au lancement de cette collection au festival d’Avignon 1992, nous nous sommes retrouvés pour de premiers stages et formations autour des démarches d’analyse de la représentation à partir de tes expériences de dramaturge. Et c’est tout naturellement que tu accompagnas les formations de l’Anrat autour de « L’Ecole du spectateur » à partir de 1995. Aussi, il fut naturel pour l’ANRAT de te demander un texte sur « L’Apprenti spectateur » pour le livre Le Théâtre et l’Ecole que nous préparions avec Jean-Pierre Loriol et Jacques Lassalle chez Actes Sud Papiers en 2002 et d’être présent aux universités d’été que le Plan Lang-Tasca permettait d’organiser à Avignon pour une centaine de participants ! Ton travail sur l’analyse chorale y fut mis en lumière. Comme toute grande avancée intellectuelle, la formation du spectateur que tu proposais apparut comme « une évidence ». Donc tout à fait indispensable.

 

image.png

 

 

Dans le numéro de Théâtre Aujourd’hui consacré à « L’Ere de la mise en scène » (Grand prix de la critique, meilleur livre sur le Théâtre 2005), je fus heureux que tu acceptes de faire le point sur l’Histoire de la dramaturgie à la française (« la cinquantaine décomplexée ») et que nous puissions échanger sur l’architecture de cet ouvrage qui devait conduire de l’avènement de la mise en scène aux points de vue d’une petite vingtaine de metteurs en scène contemporains de premier plan. Tu as été le compagnon rassurant de ces aventures éditoriales, le garant d’une exigence bienveillante.

image.png

 

Bien sûr, il y eut beaucoup d’autres textes, notamment tes nombreuses contributions à la revue Alternatives théâtrales ; je me souviens de tes entretiens sur « l’enfance du jeu », sur le travail de Stuart Seide, Jean-Pierre Vincent… Et tu fus aussi, au Théâtre du Nord, notre hôte pour le lancement par l’ANRAT de La Charte nationale de l’Ecole du spectateur le 27 Mars 2010 à Lille (voir ci-dessous cette archive du programme de la journée où tu figures). Mais ce que je veux garder précieusement, c’est cette belle photo que j’avais placée dans le Théâtre Aujourd’hui où tu es discrètement à gauche en bout de table avec Jacques Lassalle et Bernard Dort pour un travail de dramaturgie et de mise en scène au Théâtre national de Strasbourg en 1982. C’est cette joie du partage et l’étincelle dans les yeux au cours du travail théâtral que nous garderons tous.

Que les dieux du théâtre soient bienveillants avec toi, qui les as si bien servis !

 

 

Yannic (à gauche sur la photo) avec Jacques Lassalle et Bernard Dort, TNS, 1982

image.png

Jean-Claude Lallias"

 

 

ARCHIVES : Le Lancement de la Charte de L’Ecole du Spectateur à Lille en 2010.

 

image.png

image.png

 

 

"Yannic était un maître, au sens le plus noble du terme. Quelqu’un qu’on admire et qu’on écoute avec bonheur, parce qu’il vous révèle tout à coup des mondes insoupçonnés. Sa connaissance du théâtre et son intelligence pour en parler vous foudroyaient sur place, mais, lui n’était jamais condescendant ou imbu de lui-même. Il accueillait chacun avec bienveillance et curiosité, prêt au partage et au dialogue. Prêt à rire, aussi et c’est sans doute l’image qu’il faut garder aujourd’hui : Yannic, à Avignon, place des Carmes ou devant l’Opéra-Théâtre, éclatant de blancheur, souriant au milieu des stagiaires de l’ANRAT, dans l’attente gourmande du spectacle à venir, de la découverte nouvelle, de l’ici et maintenant toujours renouvelé du théâtre.

Caroline Bouvier"

"Passeur de passion,

Cher Yannic, nous nous souviendrons de ton érudition impressionnante et généreuse, impressionnante parce que généreuse.

Nous nous souviendrons de la modestie sans cesse renouvelée de ton regard sur les spectacles.

Nous nous souviendrons de ta défense toujours farouche des artistes.

Nous nous souviendrons de tes mots pour dire le théâtre : précis, concrets, volubiles.

L’une des premières phrases que j’ai notées de toi, je la retrouve à la deuxième page du carnet que j’ai inauguré lors de ma rencontre avec l’ANRAT, avec la description chorale, avec Jean-Pierre Loriol, avec Jean-Claude Lallias et avec toi bien sûr ; tu parlais alors de « la personne physique de l’acteur » : « dès qu’on parle du corps, ça fait rire ; dire le corps fait pouffer ». Ce tabou sur le corps que tu faisais voler en éclats en 2008 en Avignon fait partie des nombreuses leçons qui ne m’ont dès lors plus quitté.

Tu citais régulièrement ton maître Bernard Dort, nous citerons maintenant notre maître Yannic Mancel.

Romain Labrousse"

L'ANRAT vous propose

OutilsRessourcesPublications